L’enfance, ce pays qui nous réunit tous

big-manifeste

Un Théâtre Enfance & Jeunesse

Nous voulons défendre
Un théâtre de création
Qui mette au cœur

Des poètes et des comédiens
Des danseurs, des circassiens
Des musiciens, des plasticiens
Des metteurs en scène, des chorégraphes
Des collectifs d’animation et d’invention

Parce qu’un théâtre d’aujourd’hui est
Un théâtre ouvert à tous les arts
Un lieu d’alliance

Nous voulons défendre
Un théâtre
Au cœur de la ville
Et du canton
Proche de son public
Et des artistes romands

Nous voulons défendre
Un théâtre qui accueille des spectacles
Du monde entier
Et qui voyage

Un théâtre d’art exigeant
Proposant des esthétiques non figées
Nous voulons créer du lien

Nous voulons défendre
Un théâtre qui n’écarte personne
Qui soit comme une maison pour tous
Enfants, adolescents, adultes

Un théâtre
Qui soit la maison de l’Enfance
Ce pays qui nous réunit tous

Fabrice Melquiot

Ce que le théâtre veut dire à l’enfant

Tu n’es pas seul.
Parfois, tu te sens seul, mais tu n’es pas seul.
Tu n’es pas simple.
Le monde non plus n’est pas simple.
Il est complexe.
Tu es complexe.
C’est une chance, saisis-la.
Évidemment, tu rencontreras parfois des problèmes.
Tu en as déjà rencontré.
Tu as une boîte à trésors, que tu remplis chaque jour soigneusement, et dans cette boîte, parmi les trésors, on trouve aussi des problèmes.
Tout le monde a des problèmes.
C’est comme ça, c’est la vie.
Tu trouveras peut-être des solutions à tes problèmes.
Peut-être que quelqu’un t’aidera à trouver une solution ?
Sois courageux.
Ne baisse pas les bras trop facilement.
Tu n’es pas seul.
Tu n’es pas simple.
Tu es comme les casse-têtes chinois.
Et puis tu as besoin de poésie pour vivre, comme on a besoin de l’eau ou du pain.
Les poèmes sont tes amis.
Les poèmes, qu’est-ce que c’est ?
Les poèmes, ce sont des textes qui interrogent et s’interrogent, sur le monde pas simple et les gens seuls, sur les problèmes qu’on rencontre, sur les casse-têtes du cœur et nos besoins vitaux.
Les poèmes, ce sont des mots qui en rencontrent d’autres, comme pour la première fois.
Le poète les a placés les uns près des autres, et ce n’est pas par hasard.
Sauf certains poètes qui connaissent très bien le hasard.
Le poète, les poètes sont tes amis.
Les poètes de théâtre, qui savent les mots, les voix, les corps, le temps et l’espace.
Tu sais, dans les poèmes, il n’y a pas que les mots amour, soleil, magie, étoile et soupir.
Parfois, il y a des gros mots dans les poèmes.
C’est possible ? tu te demandes. Mais ça abîme le poème ! tu te dis.
Les poèmes se nourrissent de tous les mots, parce qu’ils sont à l’image du monde, parce qu’ils ne craignent aucune réalité et parce que les voyous ont le droit, de temps en temps, d’aller lécher les belles vitrines des grandes avenues.
C’est la vie, aussi.
Les poèmes, c’est la vie aussi.
La vie pas simple.
La vie complexe.
Comme toi.
Ça ne veut pas dire que tu vas tout comprendre aux poèmes, parce que comme eux, tu n’es pas simple, tu es complexe.
Parfois, les poèmes, on ne les comprend pas, pas toujours, pas toujours tout de suite. Des fois, on les regarde, on les écoute et on se dit : ça m’échappe.
C’est la vie aussi, quand ça échappe.
Ne baisse pas les bras trop facilement.
Laisse tourner dans ta tête et dans ton cœur le petit vélo du poème et demande-toi ce que tu ressens, à l’intérieur.
Sans vouloir comprendre à tout prix.
En cherchant à sentir, juste sentir.
Tu verras naître des mots en toi, comme les lumières qui s’allument dans la ville, le soir.
Regarde-les.
Écoute-les.
Laisse-toi traverser.
Fais-toi ton opinion.
Tu es le seul à savoir ce que le poème a à te dire.
Tu es le seul à savoir ce qui résonne de lui en toi.
Tu comprendras bien vite que les poèmes et les enfants cultivent des mystères communs ; vous êtes faits de la même étoffe.
Les poèmes, ce ne sont pas que des mots.
Parfois, c’est juste un corps qui se déplace en boitant, c’est un ballon qu’on empêche de s’envoler, un clown qui rote, une baleine de papier posée sur le sol. Parfois, ce sont deux corps qui jouent à se bagarrer, pour que ça te soulage de l’envie de te bagarrer.
Ça dit : la vie, c’est ce que tu vois. Et tu vois tout, avec tes yeux de lynx et de découvreur.
Mais pas seulement.
C’est aussi ce que tu ne vois pas.
L’invisible.
L’autrement.
Le caché.
L’en-dessous.
L’au-delà.
Tout ça.
Et autre chose encore.
Tu vois, c’est complexe.
C’est une chance, saisis-la.
Tu n’es pas seul.
Le théâtre est là.
Les mots sont là.
Les autres, à côté de toi.
Tu dois attendre beaucoup de la vie.
Parce que tu es l’enfant le plus important du monde.
Et je te regarde dans les yeux.

Fabrice Melquiot